pH, TAC, TH, chlore, stabilisant : l’équilibre de l’eau de piscine expliqué simplement
Par Axel Monié, Mareno Piscine · Publié le 20 octobre 2026 · 6 min de lecture

Vous avez analysé votre eau et vous vous retrouvez avec cinq chiffres que vous ne savez pas lire. C’est normal. Ces valeurs dépendent les unes des autres, et les corriger dans le désordre fait souvent plus de mal que de bien.
Cet article vous donne les valeurs à viser, l’ordre dans lequel les corriger et ce qui se passe quand l’eau reste déséquilibrée. C’est la base de tout l’entretien d’une piscine.
Les valeurs à viser
| Paramètre | Ce qu’il mesure | Valeur cible |
|---|---|---|
| pH | L’acidité de l’eau | 7,2 à 7,4 |
| TAC | La capacité de l’eau à garder un pH stable | 8 à 15 °f |
| TH | La quantité de calcaire | 10 à 30 °f |
| Chlore libre | Le chlore actif, qui désinfecte | 1 à 2 mg/L |
| Chlore combiné | Le chlore déjà « usé », source d’odeur | moins de 0,6 mg/L |
| Stabilisant | L’acide cyanurique, qui protège le chlore du soleil | 20 à 50 mg/L |
| Sel (électrolyseur) | La matière première de l’électrolyseur | selon le fabricant, souvent 3 à 5 g/L |
Ces valeurs sont des repères. La notice de votre électrolyseur ou de votre régulation peut en indiquer d’autres : dans ce cas, suivez la notice.
Ce que chaque valeur veut dire
Le pH est la valeur la plus importante. Le chlore n’agit bien que si le pH est dans la bonne zone. Au-dessus de 7,6, il perd une grande partie de son efficacité : vous mettez du chlore, mais l’eau reste fragile.
Le TAC (titre alcalimétrique complet) sert d’amortisseur. Un TAC trop bas laisse le pH partir dans tous les sens au moindre orage. Un TAC trop haut bloque le pH, qui refuse de descendre.
Le TH (titre hydrotimétrique) mesure le calcaire. Trop bas, l’eau devient agressive et attaque les joints et les métaux. Trop haut, elle laisse du tartre partout. C’est un vrai sujet dans la région lyonnaise, nous y consacrons un article : Eau calcaire à Lyon : protéger sa piscine du tartre.
Le chlore libre est le chlore disponible pour désinfecter. Le chlore combiné est celui qui a déjà réagi avec la pollution apportée par les baigneurs. C’est lui qui sent fort et qui irrite les yeux. Une odeur de chlore marquée signale souvent un manque de chlore actif, pas un excès.
Le stabilisant protège le chlore des UV. Il est utile, mais il s’accumule à chaque galet de chlore stabilisé. Au-delà d’environ 75 mg/L, il freine le chlore au point de le rendre presque inefficace. Il ne disparaît pas tout seul : seule une vidange partielle le fait baisser.
Dans quel ordre corriger
C’est l’erreur la plus fréquente : corriger le chlore en premier. L’ordre qui marche est le suivant.
- Le TAC d’abord. Tant qu’il n’est pas dans la bonne zone, le pH ne tiendra pas.
- Le pH ensuite. Une fois le TAC réglé, le pH se corrige facilement et reste stable.
- Le TH, si vous avez un vrai problème de calcaire.
- Le désinfectant en dernier : chlore, sel ou autre. Il ne sert à rien de chlorer une eau dont le pH est à 8.
Entre deux corrections, laissez la filtration tourner plusieurs heures, puis refaites une mesure. Ne versez jamais deux produits en même temps, et ne mélangez jamais du chlore avec un produit acide : la réaction dégage un gaz toxique.
Comment mesurer
Les bandelettes sont rapides et pratiques pour un contrôle de routine. On trempe, on attend quelques secondes, on compare au nuancier. Leur lecture reste approximative, surtout à la lumière artificielle.
La trousse à réactifs donne une lecture plus fiable. On remplit un petit tube d’eau, on ajoute des pastilles ou des gouttes, et on compare la couleur obtenue.
Le photomètre lit la couleur à votre place et affiche un chiffre. C’est l’outil le plus précis. C’est celui que nous utilisons lors de nos passages d’entretien.
Quelques règles pour une mesure juste :
- prélevez l’eau à environ 30 cm sous la surface, loin des buses de refoulement ;
- faites la mesure filtration en marche depuis au moins une heure ;
- mesurez une fois par semaine en saison, et après chaque orage ou grosse journée de baignade ;
- vérifiez la date de péremption des bandelettes et des réactifs.
Ce qu’une eau déséquilibrée abîme
Une eau mal équilibrée n’est pas seulement trouble ou verte. Elle use l’installation, sans bruit, saison après saison.
Sur le liner. Un pH bas associé à beaucoup de chlore décolore le liner et le rend plus mou. Il se détend et forme des plis, surtout dans les angles et sur les marches. Un liner abîmé de cette façon ne se répare pas : il se remplace.

Sur les pièces métalliques. Une eau agressive (pH et TAC bas, TH faible) attaque l’échelle, les vis des projecteurs, les brides et l’échangeur de la pompe à chaleur.

Sur l’électrolyseur. Une eau calcaire avec un pH trop haut entartre la cellule. Les plaques se couvrent d’une croûte blanche, la production de chlore chute et la cellule s’use plus vite. Un électrolyseur fait aussi monter le pH en fonctionnant : sans contrôle régulier du pH, le problème revient sans cesse.

Sur le carrelage et les joints. Une eau agressive creuse les joints. Une eau entartrante dépose un voile blanc sur la ligne d’eau.
Trois exemples de corrections
Eau trouble, pH à 8, TAC à 18 °f. Le TAC est trop haut et bloque le pH. On baisse d’abord le TAC avec un correcteur de pH moins, en plusieurs fois, en laissant filtrer entre chaque ajout. Le pH redescend avec lui. On rechlore seulement quand le pH est revenu vers 7,2-7,4.
Eau qui pique les yeux, pH à 6,8, TAC à 5 °f. L’eau est acide et sans amortisseur. On remonte le TAC avec un produit dédié (TAC plus), puis on contrôle le pH le lendemain : il remonte souvent tout seul. Ensuite on vérifie le chlore combiné ; s’il est élevé, un traitement choc s’impose.
Chlore à zéro malgré les galets, stabilisant à 100 mg/L. Le chlore est bloqué par le stabilisant. Aucun produit ne fait baisser le stabilisant : il faut renouveler une partie de l’eau, puis passer à un chlore non stabilisé. Avant de vidanger, vérifiez qu’aucun arrêté sécheresse ne limite le remplissage dans votre commune.
Dans tous les cas, dosez selon le volume de votre bassin et l’étiquette du produit.


